Chapitre V
Cassandra galopait depuis des heures dans le parc du manoir. Peine perdue : elle ne parvenait pas à s’affranchir des inquiétudes qui la tenaillaient depuis les événements de la nuit.
Le souvenir d’Angelia continuait à l’obséder, et, comme si cela ne suffisait pas, l’étrange attitude d’Andrew l’avait complètement désarçonnée. Elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi celui-ci l’avait repoussée. Se pouvait-il qu’elle se soit fourvoyée sur la nature des sentiments qu’il lui portait ? Elle avait toujours tenu pour acquis qu’Andrew était amoureux d’elle, mais elle réalisait maintenant à sa grande honte que cette conviction n’était peut-être que le fruit d’un orgueil déplacé. Son cœur se serra douloureusement à cette pensée ; l’idée qu’Andrew pût ne rien éprouver à son endroit l’ébranlait à un point qui la surprenait elle-même, comme si des années de confortable certitude s’effondraient d’un coup, la laissant tremblante et égarée.
Une alternative consolante traversa son esprit. Peut-être Andrew l’aimait-il, après tout. Simplement, guidé par sa fierté, il avait voulu la punir de l’indifférence qu’elle lui avait manifestée durant si longtemps.
Non, cela ne tenait pas debout. D’abord, ce type de comportement ne ressemblait en rien à Andrew, et puis son visage ne reflétait pas une blessure d’orgueil quand il l’avait rejetée, seulement de la crainte ; la manière dont il avait quitté la bibliothèque ressemblait d’ailleurs fort à une fuite.
Alors… pourquoi ?
Perplexe, Cassandra regagna le manoir au galop. Elle mit pied à terre dans l’allée en gravier, confia les rênes du cheval au palefrenier venu à sa rencontre et pénétra dans le hall. D’un geste nerveux de la main, elle épousseta sa tenue d’amazone bleu roi, puis entra dans le grand salon. Elle n’avait pas à redouter d’y trouver Andrew puisque celui-ci était parti de bonne heure le matin pour Londres. En revanche, Jeremy, vêtu de son éternel manteau à pèlerine râpé, l’attendait près du feu en se balançant d’un pied sur l’autre, l’air très agité.
— Oh, M. Shaw, il s’est passé bien des choses en votre absence, déclara Cassandra en posant son chapeau d’écuyère, semblable à un haut-de-forme, sur un guéridon près de la porte.
— Si vous comptez m’annoncer la mort de Charles Werner, je suis déjà au courant, répondit Jeremy en agitant plusieurs journaux qu’il tenait à la main. La nouvelle est dans les éditions du matin.
Cassandra s’approcha de lui, intriguée, et prit un des journaux qu’elle feuilleta. Un titre en grosses lettres attira aussitôt son attention :
Meurtre crapuleux au cœur de la Cité
Aux alentours d’une heure trente, ce matin, près de l’église Saint-Clément, le policier de ronde a trouvé un gentleman qui gisait étendu face contre terre. Le malheureux était mort, tué de deux coups de couteau dans la poitrine. Le corps a pu être rapidement identifié : il s’agit de M. Charles Werner, directeur de la banque Russell, sise dans King William Street. Le mobile de ce sordide assassinat était probablement le vol, car la montre et le portefeuille de l’infortuné gentleman n’ont pu être retrouvés.
Cassandra leva les yeux vers Jeremy qui affichait une expression dubitative.
— Il a travaillé tard et a été la cible d’un voleur en sortant de sa banque, point final. Tout cela est d’une simplicité biblique, et cependant j’ai peine à croire que les choses se soient réellement passées ainsi.
Il jeta un coup d’œil interrogateur à Cassandra afin qu’elle confirme son intuition. La jeune femme hocha la tête et lui relata les événements de la nuit.
— Les hommes de main de Lady Killinton se sont probablement débarrassés du corps de Werner dans la Cité pour ne pas éveiller les soupçons, et ils se sont arrangés pour faire croire à un banal larcin qui aurait mal tourné.
— Quoi qu’il en soit, conclut Jeremy d’un ton féroce, la mort de Werner est une excellente nouvelle, puisqu’elle signe la fin du Cercle du Phénix. C’est presque trop beau pour être vrai.
Le visage de Cassandra s’assombrit.
— Sans doute, mais le véritable cerveau du Cercle est toujours en vie.
— Lady Killinton ? souffla Jeremy sans chercher à dissimuler son incrédulité.
— Bien sûr. Ne la sous-estimez pas, M. Shaw, elle est redoutable, et…
Elle s’interrompit car Gabriel venait d’apparaître dans l’embrasure de la porte, l’air complètement perdu. Il poussa un soupir de soulagement en voyant Cassandra.
— Je vous cherchais, murmura-t-il. J’ai un service à vous demander.
Jeremy se leva d’un bond, irrité par cette intrusion.
— Je m’en vais, grogna-t-il, et il quitta la pièce sans même jeter un regard à Gabriel.
Cassandra soupira et se tourna vers le jeune homme.
— En quoi puis-je vous être utile ?
Gabriel s’approcha de la cheminée et son regard tomba sur le journal que Cassandra tenait encore à la main. Sans un mot, elle le lui tendit, ouvert à la page évoquant l’assassinat de Charles Werner. Gabriel parcourut l’article sans sourciller. Son visage n’exprimait aucune émotion, à croire que Werner n’avait été pour lui qu’un parfait étranger. Cependant, arrivé au terme de sa lecture, il releva les yeux vers Cassandra et déclara contre toute attente :
— Les obsèques ont lieu jeudi après-midi. J’aimerais y aller.
Déconcertée, Cassandra ne sut que répondre. Pourquoi diable ce garçon souhaitait-il se rendre à l’enterrement de son tortionnaire ? Pas pour lui rendre un dernier hommage tout de même ? À sa place, elle n’aurait éprouvé qu’aversion et rancune.
— Quelqu’un pourrait-il m’y emmener ? ajouta le jeune homme après un silence.
— Bien sûr, acquiesça Cassandra, revenue de sa surprise. Je tiendrai une voiture à votre disposition, et un de mes domestiques vous conduira au cimetière.
— Je vous remercie.
Gabriel s’apprêtait à partir lorsque Cassandra le retint, mue par une impulsion soudaine.
— Attendez.
Il s’immobilisa et lui jeta un regard interrogateur.
— Nous sommes-nous déjà rencontrés auparavant ? demanda Cassandra à brûle-pourpoint.
Plus elle regardait Gabriel, plus elle avait le sentiment de le connaître. Celui-ci la dévisagea avec une surprise non feinte puis secoua la tête.
— Non, je ne crois pas.
— Pourtant, votre visage me semble familier…
Cassandra essayait de mettre de l’ordre dans ses souvenirs, mais à mesure qu’elle réfléchissait, les images s’embrouillaient dans son esprit, aussi ne tarda-t-elle pas à renoncer.
— Cela me reviendra peut-être plus tard. Autre chose : saviez-vous que Charles Werner n’était pas le chef du Cercle du Phénix ?
Gabriel n’hésita qu’une seconde avant de hocher la tête.
— Oui, certains signes me l’avaient… suggéré. J’ai toujours pensé que M. Werner recevait des ordres de quelqu’un.
Il parlait lentement, choisissait chacun de ses mots avec soin. On sentait que la parole ne lui était pas familière.
— Et vous-même, poursuivit Cassandra, receviez-vous toujours vos ordres de Werner ?
Gabriel acquiesça de nouveau.
— Oui, sauf une fois. M. Werner m’avait confié une mission, mais une femme dont le visage était dissimulé par un voile m’a ordonné à la dernière minute de l’annuler.
— Angelia Killinton.
— Peut-être, je ne la connais pas. C’est la seule fois où je l’ai rencontrée.
— Cette femme est terrifiante, bien plus rusée et dangereuse que Werner…
Cassandra se tut brusquement, frappée par une idée subite. Un grand froid la saisit, et elle frémit, atterrée.
Quelle idiote elle faisait, pourquoi n’y avait-elle pas pensé plus tôt ?
*
À l’entrée de Cassandra dans la salle de billard, Nicholas abandonna sa partie, posa la queue sur la table et la fixa d’un air interrogateur.
— Que se passe-t-il, ma très chère hôtesse ? On dirait que vous avez vu un fantôme.
Cassandra s’adossa à la porte et l’observa avec un calme factice.
— J’ai beaucoup réfléchi.
— Vraiment ? À quel sujet ?
— Je trouve Lady Killinton étonnamment bien renseignée sur nos faits et gestes, lâcha-t-elle avec répugnance.
Nicholas lui jeta un coup d’œil perçant mais sa voix demeura paisible et agréablement modulée.
— Que voulez-vous insinuer ?
— Comment a-t-elle été informée de mon entrevue avec Werner ? interrogea Cassandra en détachant chaque syllabe. Elle connaissait l’heure et le lieu du rendez-vous, et pourtant pratiquement personne n’était au courant de ces détails. Cela ne vous paraît-il pas étrange ?
— Elle emploie des espions très efficaces, voilà tout, rétorqua Nicholas en haussant les épaules. C’est bien le moins pour le chef d’une organisation aussi puissante que le Cercle du Phénix.
— Peut-être…
Les traits de la jeune femme reflétaient le scepticisme.
— Qu’essayez-vous de dire, Cassandra ? Qu’il y a un traître parmi nous ?
— C’est une possibilité à envisager, admit-elle à contrecœur.
Le visage de Nicholas devint grave.
— Je dois reconnaître que cette déplaisante idée m’a effleuré moi aussi. Mais qui parmi nous pourrait être à la solde du Cercle ?
— Pas Julian, et encore moins Andrew et Megan, affirma Cassandra d’un ton péremptoire. Je les connais depuis suffisamment longtemps pour ne pas douter de leur loyauté.
Les yeux bruns de Nicholas pétillèrent d’amusement.
— Cela ne prouve rien. Et puis, je ne veux pas vous vexer, mais Megan ne vous porte pas dans son cœur. Elle n’aurait guère de scrupules à vous trahir.
— Vous vous abusez. Megan ne m’aime pas, en effet, mais elle est franche, honnête et tout à fait incapable de dissimuler quoi que ce soit. Elle ferait une bien piètre espionne ! J’ajoute qu’elle ne tromperait son frère pour rien au monde.
— Et Andrew est totalement hors de cause, bien entendu ?
Nicholas accompagna sa question d’un sourire moqueur qui creusa une fossette près de sa bouche.
— Bien entendu ! répliqua Cassandra d’un ton sec.
— Mais ne vous a-t-il pas paru quelque peu absent ces derniers jours ? Il paraît anormalement préoccupé…
— N’insistez pas, je refuse même d’envisager la possibilité de sa trahison. Andrew est mon plus vieil ami, il est comme un frère pour moi.
Nicholas laissa passer un silence avant de changer de cible.
— Et vos domestiques, sont-ils fiables ?
— Ils sont remarquablement discrets et fidèles, et n’auraient aucun intérêt à trahir ma confiance, bien au contraire, pour la bonne raison qu’ils me sont tous redevables d’une façon ou d’une autre. Du reste, nous avons pris soin de ne jamais évoquer le Cercle du Phénix ou Cylenius en leur présence.
Le sourire de Nicholas s’élargit et il s’appuya nonchalamment à la table de billard.
— Je vois. Si je suis votre raisonnement, les seuls suspects possibles sont donc Jeremy Shaw, Gabriel… ou moi-même. Lequel d’entre nous soupçonnez-vous ? Il me semble que vous avez déjà bien avancé sur cette question.
Cassandra se mordit la lèvre.
— Gabriel semble être le suspect idéal, et pourtant je n’y crois guère. Certes, il pourrait recevoir ses ordres directement de Lady Killinton, et avoir trahi Werner ; ne le portant pas dans son cœur, cela ne l’aurait sans doute pas gêné de le dénoncer et de le mener à une mort certaine. Seulement, je ne vois pas quel intérêt il trouverait à jouer ainsi double jeu. J’ai l’impression qu’à part Julian, tout l’indiffère.
Nicholas esquissa une moue ironique.
— Quel sentimentalisme ! Enfin, je suppose que vous avez raison, admit-il de bonne grâce. Ce qui signifie qu’il ne reste que moi et Jeremy en lice.
Il avait prononcé ces derniers mots avec entrain, comme s’il n’était pas concerné. La situation paraissait l’amuser de plus en plus.
— Arrêtez-moi si je me trompe, Cassandra, poursuivit-il d’un ton badin, mais j’ai la désagréable impression que vous m’avez déjà condamné. Cette distinction doit-elle me flatter ou me vexer ?
Cassandra se raidit, déstabilisée par l’insouciance dont Nicholas faisait preuve alors qu’elle s’était attendue à une réaction offusquée. D’autant qu’il avait parfaitement raison : d’instinct, sans aucune preuve tangible, la jeune femme avait porté ses soupçons sur lui. De fait, le caractère de Nicholas éveillait la méfiance. L’ironie dont il usait constamment pour garder les gens et les choses à distance donnait l’impression que rien ne le touchait en profondeur. Tout un pan de sa personnalité demeurait dans l’ombre, et ce côté énigmatique, pour séduisant qu’il fût, ne pouvait manquer de susciter maintes interrogations chez ceux qui le côtoyaient.
Surtout, Cassandra voyait en Nicholas une menace latente ; elle percevait chez lui, soigneusement dissimulée sous le vernis des apparences, une certaine cruauté qui ne demandait qu’une occasion pour bondir hors de sa tanière telle une bête sauvage. Cassandra avait encore en mémoire la scène au cours de laquelle il avait froidement abattu un homme de main du Cercle du Phénix dans le sanctuaire écossais.
— Je n’ai pas dit que je vous suspectais, mentit-elle, résolue malgré tout à lui offrir une chance de se défendre.
— Non ?
Nicholas l’enveloppa d’un regard qui lui parut empreint de tendresse. Confuse, elle regarda ailleurs.
— Vous devriez apprendre à faire confiance, Cassandra.
Il abandonna soudain sa posture nonchalante et ses traits se contractèrent.
— Dois-je vous rappeler que le Cercle du Phénix a assassiné mon père ? Nous n’étions pas proches, certes, mais je ne suis tout de même pas dénué de sentiment filial au point de collaborer avec ses meurtriers ! Et vous oubliez également que j’ai manqué être tué par Gabriel lors de notre expédition en Ecosse, ce qui, je pense, suffit à m’innocenter.
Cassandra tressaillit, ébranlée par la pertinence des arguments de Nicholas. Elle avait fait preuve de maladresse et en ressentait une vague culpabilité.
— Je vais vous donner mon opinion, poursuivit Nicholas en commençant à arpenter la salle d’un pas rapide. Libre à vous d’y accorder du crédit ou pas. Il n’est pas impossible, en effet, qu’un espion se soit infiltré au sein même du manoir. Toutefois, contrairement à vous, je soupçonne tout le monde, car chacun d’entre nous a matériellement eu la possibilité de fournir des renseignements au Cercle. Encore que certains soient plus suspects que d’autres…
— À qui pensez-vous ? ne put s’empêcher de demander Cassandra.
— Eh bien, à Jeremy par exemple, répondit l’avocat en se postant devant elle. Il nous a dit qu’il avait enquêté sur le Cercle, mais ne trouvez-vous pas curieux qu’il dispose d’une telle somme de données sur une organisation censée être secrète ? Comment connaissait-il le nom de Charles Werner ? J’ai du mal à croire qu’il ait pu découvrir si facilement l’identité d’un homme qui dépensait sans doute une énergie folle à rester anonyme : il avait trop à perdre si ses méfaits venaient à être dévoilés au grand jour.
« Je sais ce que vous pensez : vous éprouvez de la sympathie pour Jeremy, moi aussi du reste, mais nous ne devons pas nous voiler la face. Il est toujours souriant, c’est vrai, mais peut-être n’est-il pas aussi souriant quand personne ne le regarde. D’ailleurs, j’ai noté chez lui un imperceptible changement depuis que nous l’avons rencontré pour la première fois ; on devine aujourd’hui sous son attitude enjouée une inquiétude sourde, une sorte de tourment intérieur qui le ronge, comme s’il dissimulait un grave secret. Je suis sûr que cela ne vous a pas échappé à vous non plus.
Nicholas se tut et fixa Cassandra avec une assurance teintée de curiosité.
— Jeremy est le plus acharné d’entre nous, objecta-t-elle faiblement. Nul plus que lui ne désire l’anéantissement du Cercle. Il nous a assez souvent reproché notre manque de zèle ou notre comportement trop magnanime envers Gabriel !
— Justement, sa conduite ne vous paraît-elle pas excessive pour un simple journaliste, aussi ambitieux soit-il ? Au demeurant, il se plaint beaucoup, mais il est toujours là, non ?
L’espace d’un éclair, Cassandra revit le visage de Jeremy après qu’ils aient surpris Gabriel fouillant sa chambre, la haine féroce et indicible qui avait déformé ses traits, alors qu’il s’imaginait que personne ne pouvait le voir. Jamais elle ne l’aurait cru capable d’un tel sentiment, et cette découverte l’avait effrayée. Durant quelques terribles secondes, elle avait eu sous les yeux un deuxième Jeremy, totalement différent de celui qu’elle connaissait. Le plus alarmant était que cette facette ténébreuse de la personnalité du journaliste n’avait probablement pas disparu : elle était toujours là, tapie dans les profondeurs opaques de son âme, prête à resurgir à n’importe quel moment…
— Cassandra ?
Elle releva la tête et se força à sourire à Nicholas.
— Vous savez vous montrer très convaincant, dit-elle d’une voix un peu rauque. Rien d’extraordinaire à cela puisque c’est votre métier : vous devez être redoutable dans l’enceinte d’un tribunal. J’aimerais vous entendre plaider un jour.
Le doute s’était insinué en elle. Se pouvait-il qu’elle se soit trompée ? Il n’y avait peut-être pas de délateur, et s’il y en avait un, ce n’était peut-être pas Nicholas, mais Jeremy… ou une tierce personne.
Ébranlée dans ses certitudes, Cassandra ne savait plus à quoi s’en tenir. Une seule évidence s’imposa à son esprit : elle devrait désormais se tenir sur ses gardes.
Nicholas s’approcha d’elle et prit sa main dans la sienne. Il paraissait très grave tout à coup.
— Je dois vous dire quelque chose à propos d’Andrew. Je ne le fais pas de gaieté de cœur, mais cela pourrait être important.
Cassandra se raidit, soudain plus inquiète que jamais.
— Allez-y, souffla-t-elle, je vous écoute.
— Contrairement à ce qu’il prétend, il ne passe pas toutes ses journées à Londres à travailler. À plusieurs reprises, il a pris le train pour se rendre à Chelmsford dans l’Essex…
— Vous l’espionnez ! le coupa Cassandra, outrée. De quel droit…
— Je vous l’ai dit, je soupçonne tout le monde, rétorqua Nicholas avec impatience. Et l’attitude d’Andrew me paraît extrêmement suspecte. Qui va-t-il voir là-bas ? Et pourquoi en fait-il un secret ?
— Peut-être rend-il visite à des patients ? suggéra Cassandra sans conviction.
— À Chelmsford ? Il n’en a pas assez à Londres ?
— Il y a forcément une explication, murmura-t-elle.
— Même Megan semble l’ignorer, je l’ai interrogée discrètement à ce sujet.
La main de Nicholas enserra son poignet.
— Jeremy n’a-t-il pas dit qu’Angelia Killinton possédait une résidence dans l’Essex, non loin de Chelmsford justement ?
Cassandra blêmit. D’un geste brusque, elle se dégagea de l’étreinte de Nicholas.
— Non, se révolta-t-elle, jamais Andrew n’entretiendrait de relations avec une femme telle qu’Angelia, jamais il n’accepterait d’œuvrer pour son compte. Oubliez cette idée monstrueuse.
Nicholas eut un soupir exaspéré.
— Je n’écarte pas cette hypothèse, quoi que vous en pensiez. Du reste, j’ai l’intention de le suivre la prochaine fois pour en avoir le cœur net.
— C’est inutile, riposta sèchement Cassandra. Je parlerai à Andrew et il me dira la vérité. Je suis certaine qu’il me fournira une explication convaincante.
— Mais bien sûr, ironisa-t-il. Faites comme vous l’entendez, mais si vous n’obtenez pas de résultats, j’agirai à ma façon…
— Je n’en doute aucunement, Nicholas.